Cabinet de Traumatologie et Médecine du Sport à Pau (64) – Dr Marc BOUVARD

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Les particularités des fractures de fatigue de la femme sportive

Publié le 18 juin 2012

Un article de M. BOUVARD et M. DUCLOS

Le sport apparaît comme un vecteur de santé important de la femme quelque soit son âge. L’activité physique régulière influence l’importance de la masse osseuse et l’ampleur de ce pic chez la femme sportive contribue au statut osseux de la vie adulte y compris au 3e âge. Cependant il existe un seuil d’activité au-delà duquel le risque de fracture de fatigue s’élève franchement, notamment au cours de la seconde décennie. A niveau d’activité équivalent, la femme est plus exposée que l’homme aux fractures de fatigue. Chez la femme, ces fractures touchent aux membres inférieurs plus fréquemment le tibia, les métatarsiens puis le bassin et le fémur. Certains sports peuvent donner des sites fracturaires plus spécifiques comme l’os naviculaire et le semi-lunaire au tennis, le rachis lombaire en gymnastique, le gril costal en golf… Le surentraînement mais aussi le manque d’entraînement en endurance, le changement brutal de rythme lors d’un changement de catégorie ou de club, lors de la reprise après une blessure, l’analyse biomécanique (impact au sol lors de la foulée par exemple) constituent des facteurs étiologiques classiques des fractures de fatigue. Notons également la période vulnérable du retour à l’entraînement après l’accouchement qui s’accompagne d’une baisse transitoire de la densité osseuse favorisée par l’allaitement.

L’ensemble de ces facteurs ne doit pas nous faire oublier que loin de constituer une entité pathologique isolée, les fractures de fatigue chez les femmes sportives doivent nous faire rechercher systématiquement une triade des femmes athlètes. Cette triade associe aménorrhée, perturbations du comportement alimentaire et baisse de la densité osseuse. Plusieurs études récentes soulignent le lien existant entre les adipocytes, le statut nutritionnel, l’intégrité de l’axe gonadotrope et l’os chez la femme. Un rôle direct de la leptine dans le métabolisme osseux a même été récemment décrit. L’anamnèse puis l’examen physique rechercheront à mettre en relation la douleur avec une ou plusieurs pièces du squelette et établiront les éléments principaux de la « triade ». Le diagnostic sera confirmé par l’imagerie (radiographies conventionnelles puis, si négatives, IRM). Le bilan para clinique sera complété par un bilan biologique à la recherche d’une hypoestrogénie, d’un trouble du métabolisme phosphocalcique, d’un surentraînement.

Une ostéodensitométrie sera réalisée systématiquement. Le repos simple aménagé demeure le traitement le plus important. Cette période s’attachera à guérir la fracture, à traiter le terrain (surentraînement, triade) et à maintenir autant que faire se peut les qualités physiques. L’immobilisation ou le traitement chirurgical pourront s’avérer nécessaires dans certains cas particuliers. Parallèlement nous conseillons de mettre en place une stratégie nutritionnelle (équilibre calorique, acides gras essentiels, vitamine D) et hormonale. Nous manquons de connaissance concernant les conséquences à long terme des fractures de fatigue accompagnées ou non de triade sur la santé des femmes. Mais notre attention doit être particulièrement portée sur les populations d’adolescentes et d’adultes jeunes pratiquant intensément une activité sportive car nous disposons à présent des éléments permettant de reconnaître chez une femme sportive une situation à risque de fracture de fatigue.

Diaporama sur les particularités des fractures de la femme sportive

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