Par J. Volante et M. Bouvard

Résumé

Introduction

L’activité sportive, à travers les traumatismes occasionnés et l’intensité des contraintes articulaires, est source de douleurs cartilagineuses d’apparition plus précoce chez le sportif que dans une population de personnes sédentaires. Les lésions responsables de ces douleurs ne répondent pas aux critères radiocliniques de l’arthrose définis par l’American College of Rheumatology. L’acide hyaluronique (AH) est couramment utilisé dans la prise en charge de la gonarthrose. Il nous est apparu licite que le mécanisme d’action du produit puisse aboutir à un soulagement des patients en cas d’utilisation dans d’autres articulations et dans les stades pré-arthrosiques. À ce titre, nous l’utilisons chez le sportif depuis plus de dix ans. L’objectif de cette étude est d’évaluer son efficacité dans le genou, la hanche et la cheville et de dégager des facteurs pronostiques.

Méthode

Étude rétrospective analysant l’efficacité de la viscosupplémentation au travers d’un questionnaire portant sur la douleur, le niveau sportif/professionnel, le soulagement au quotidien et le degré de satisfaction. L’ensemble des lésions a été classé Kellgren 0 et selon la stadification de l’ICRS pour le genou. Nous avons également recherché des facteurs pronostiques pour le genou, seule articulation à effectif attendu suffisant (données biométriques : sexe, âge, indice de masse corporelle, profil sportif et professionnel, présentation utilisée et injection préalable ou non d’un produit corticoïde).

Résultats

Trois cent trente-neuf protocoles ont été réalisés pour 332 lésions cartilagineuses traumatiques ou microtraumatiques dégénératives et sept séquelles douloureuses d’ostéochondrite (279 genoux parmi lesquels 61 patients présentant une lésion méniscale associée et traitée, 29 hanches, 31 chevilles). L’âge moyen des patients était de 39,30ans (±14,38) dont 76 % de sexe masculin ; 83,2 % avaient un profil sportif avec forte sollicitation articulaire. L’efficacité globale a été de 49,85 % (lésion chondrale du genou traitée isolément : 46,26 %, lésion associée traitée : genou (méniscale) 60,66 %, 44,82 % dans la hanche et 57,14 % dans la cheville). Quatre patients sur les sept traités pour séquelle douloureuse d’ostéochondrite ont été soulagés. Le taux d’évènements indésirables a été de 4,13 %, représentés par une douleur au point de ponction ou un gonflement réactionnel. Dans le genou, le stade lésionnel n’a pas eu d’impact sur l’efficacité (p=0,17), de même que la présence d’une lésion méniscale associée non traitée (p=0,15) ; la poursuite d’une activité en charge corrélée à une perte d’efficacité (p=0,039).

Discussion

Ce travail est intéressant car aucune étude in vivo concernant l’utilisation de l’AH dans la prise en charge des lésions chondrales isolées microtraumatiques ou traumatiques n’existe hormis au décours d’une chirurgie du ménisque avec visualisation d’une lésion cartilagineuse arthroscopique. Une efficacité se révèle, quasi superposable à celle retrouvée dans les études disponibles portant sur l’arthrose dans ces articulations, bien que, du fait de l’hétérogénéité des protocoles utilisés et des résultats obtenus, l’estimation précise d’un taux de réponse semble délicate.

Conclusion

L’utilisation de l’AH dans la prise en charge des douleurs des lésions cartilagineuses isolées microtraumatiques ou traumatiques apparaît sûre, avec une efficacité intéressante à confirmer par des études de haut niveau de preuve.