M. Bouvard – P. Dorochenko
Congrès Europpéen de Traumatologie du sport – Monaco 2004

1. Généralités sur la vidéo et la 3D

L’image de tout temps a été un support privilégié dans le diagnostic au point parfois de supplanter la clinique dans certaines pathologies. L’apport de la technologie a permis de multiplier les images: radiographie, échographie, tomographie, scintigraphie, scanner, image par résonance magnétique, chaque image apportant son lot de renseignements pour étayer la clinique.  Dans le cadre de l’anamnèse, la description du geste technique est souvent abordée par le médecin pour mieux comprendre le traumatisme lésionnel ou la technopathie. Parfois lorsqu’il s’agit de sportifs de niveau national ou international, la vidéo, souvent occasionnelle permet de mieux comprendre la gestuelle ou le traumatisme et d’avoir une orientation fine dans sa recherche diagnostique. L’analyse en 3 dimensions est apparue plus récemment, bénéficiant des avancées technologiques dans le domaine numérique. C’est  un outil pédagogique et didactique remarquable pour notre référentiel spatial car il permet une approche étendue et inédite de la gestuelle, mais c’est aussi une image supplémentaire au service du clinicien car le numérique permet de se placer où l’on veut ce qui permet des angles d’observation tout à fait inédits.

Pour le sportif, des images correctes se révèlent être un outil efficace dans la structuration de la pensée, mais pour le clinicien comprendre et interpréter une gestuelle sportive passe souvent par l’interprétation de mots techniques comme « un service quické » par exemple pour le tennis. Ce type de service signifie une rotation externe forcée d’épaule en phase de préparation, puis une prosupination importante de l’avant-bras avec une rotation interne forcée de l’épaule à la frappe. La simple description du geste n’est déjà pas très aisée alors que l’image parle d’elle-même que ce soit l’image vidéo ou 3D.

. Le rythme du geste est aussi important que le geste lui-même. Pour revenir au service du tennisman, le travail excentrique des rotateurs externes de l’épaule n’est évident qu’en vitesse réelle et si la clinique montre une tendinopathie du sus-épineux encore en faut-il comprendre les causes si le clinicien n’est pas un spécialiste du sport concerné.

 

2. Les moyens

1.La vidéo

A ce jour la vidéo sportive a fait de grands progrès technologiques et des softwares tel que le Darttrainer de Dartfish permettent de nombreuses applications comme extraire un sujet d’une vidéo pour le comparer par rapport lui même sur une autre vidéo ou encore le comparer à un autre sujet. Les effets stroboscopiques permettent des analyses fines de certaines gestuelles complexes comme les sauts par exemple et enfin grâce à l’Internet d’accéder à des bases de données référentes sur différents sports. Des dizaines de gestes sportifs seront en mémoire dans la base de données et il ne sera pas très difficile de chercher une technique proche de celle du patient lésé.

Exemple d’un montage stroboscopique pour analyser un saut en patinage artistique.

Il est évident que seul un médecin qui se dit du sport peut investir ce temps car les classiques consultations de traumatologies ne nécessitent pas cet effort vu le niveau sportif de la clientèle d’un médecin généraliste. Nous parlons de haut niveau et il ne s’agit plus de la classique tendinopathie, mais de la tendinopathie de Monsieur Untel.

2. La 3D

L’analyse en 3 dimensions est contributive car elle intègre en plus de la construction de l’image dans tous les plans de l’espace d’autres paramètres pertinents.

Le rythme est matérialisé par un tracé qui change de couleur en fonction de la vitesse angulaire ou segmentaire d’une partie du corps. Tous les sportifs ont une représentation mentale d’une structure temporelle nécessaire à l’efficacité du mouvement. Afin d’affiner la synchronisation sensori-motrice du mouvement, on propose au sportif une structure rythmique sonore qui a fait ses preuves ( frappe des mains, sifflet, voix, musique). La structuration du rythme extrinsèque influe positivement sur le rythme intrinsèque. La participation du néo-cortex au contrôle moteur a été largement démontrée. Dans une approche identique, le support visuel 3D aura un effet dynamogénique sur le mouvement et sa structuration rythmique. Cet encodage pourra être stabilisé par des visualisations répétées de l’image 3D et par une mise en application sur le terrain. On ira du segmentaire au global pour passer du « geste sensitif » au « geste efficace ». La notion de performance sportive restera secondaire jusqu’à ce que la praxie devienne usuelle, ce que Georges Hebert décrit comme « geste naturel ».

3. Apport de la vidéo et la 3D dans le retour du sportif blessé

Il y a 10 ans, J. Parier dans son ouvrage sur les technopathies du tennis mettait en avant l’intérêt d’une bonne connaissance de la technique et l’apport de la biomécanique dans le cadre de l’approche lésionnelle. D. Poux puis J.P. de Mondenard se sont également intéressés aux technopathies du golf et du cyclisme. Pénétrer les arcanes d’un geste technique pour le non pratiquant n’est pas toujours facile. La terminologie spécifique comme « un service quické » par exemple qui est significative pour le pratiquant, ne donne guère d’informations au praticien. Lorsqu’un  chirurgien vous demande après une intervention sur l’épaule d’un tennisman d’éviter de servir en rotation interne forcée d’épaule, c’est qu’il est forcément éloigné de la réalité du circuit professionnel mais il lui est difficile d’être un spécialiste averti dans chaque sport. D’une part la technique et le physique des athlètes ont considérablement évolué ces dernières années et les pathologies d’aujourd’hui vu la professionnalisation actuelle sont fréquemment des technopathies.

 

C’est dans ce sens que lors d’une lésion, la vidéo et l’image 3D peuvent rendre un service important dans l’anamnèse et dans l’interprétation de la gestuelle pour le médecin. La compréhension du geste technique est d’autant plus facile que les nombreux paramètres donnés par la vidéo et l’analyse tridimensionnelle permettent au néophyte de visionner le geste sous tous les angles et d’avoir les vitesses instantanées de chaque point référant à chaque instant. La matérialisation des axes, du centre de gravité et sa projection au sol, des axes scapulaire et pelvien, de la visualisation du rythme ou des variations de pression plantaire, la possibilité de supprimer une quelconque partie du corps pour se focaliser sur un segment, les données biomécaniques à chaque instant, les zooms et arrêts sur image ou ralentis permettent une analyse fine du geste technique sans forcément être un expert du sport donné, d’autant plus que chaque technique est individuelle et ne peut pas toujours être comparative à une référence. Le sportif en fonction de données spécifiques innées ou environnementales crée la technique, le thérapeute se doit de la comprendre. Le symbolisme verbal est souvent inadapté à restituer une praxie d’autant que celle-ci est conditionnée par une morphologie unique. La présence de plus en plus fréquente des médecins du sport sur le terrain montre à quel point la compréhension d’une technopathie passe par la vision de la gestuelle sportive. La vidéo et l’image 3D permettent une présence virtuelle non négligeable dans le diagnostic ou la prévention.

Par exemple, le visionnage par un œil expert en 3D d’un penalty tiré en force par un joueur de 34 ans permet d’émettre des réserves sur le bien fondé d’intégrer ce joueur à une équipe de haut niveau jouant dans une région très humide et donc pratiquant le football sur des terrains lourds plus de la moitié de la saison.

L’expert sans avoir visionné en réel la séquence de jeu est à même de penser que ce joueur présente un certains nombre de compensations dynamiques lors de la frappe comme la flexion de la jambe de force et de la jambe dynamique ainsi qu’une rétroversion du bassin signant des chaînes postérieures courtes ou bien encore une lombalgie  ou  pubalgie infra-clinique ou masquée. L’interrogatoire et l’historique du joueur ainsi que le bilan médical viendront confirmer ou infirmer le « diagnostic image 3D » et permettront d’éviter un recrutement inadéquat.

Le « diagnostic image » va bien évidemment permettre de contrôler les bienfaits d’une rééducation ou d’une reprogrammation neuromotrice que ce soit dans la phase de reprise partielle ou bien lors du retour spécifique ou bien encore lors du retour au collectif.

Ces images 3D pourront former des vidéothéques personnelles pour être comparées dans le temps ou bien servir de référentiel en cas de blessure. La faible taille des fichiers images, environ 40 Ko, ne nécessite que 2 à 3 secondes de chargement sur l’Internet

. Le chirurgien, le médecin, le kinésithérapeute, le coach ou le sportif pourront donc très facilement échanger ces images grâce à l’Internet permettant à tous une nouvelle approche du geste technique chacun restant dans son domaine d’expertise.

4.Conclusion

La vidéo numérique interactive et les images 3D ont un réel avenir que ce soit pour le sportif dans la construction de son référentiel, que ce soit pour l’entraîneur dans l’analyse technique et la formation mais aussi pour le praticien pour une meilleure compréhension des technopathies soit dans le cadre diagnostic, soit dans le cadre prophylactique ou tout simplement dans le suivi de la reprogrammation neuromotrice après blessure. Les images 3D grâce à l’Internet permettront une vulgarisation de la biomécanique et la présence virtuelle du praticien sur le terrain. La compréhension du geste technique sera alors à la portée de tous les acteurs au service du sportif.

Bibliographie

  • Technopathies du cyclisme  J.P. de Mondenard 1989
  • Vers une science du mouvement humain  Jean Le Boulch 1982
  • Mécanique humaine Eléments d’une analyse des gestes sportifs en deux dimensions
  • J.Duboy – A.Junqua – P.Lacouture  1994
  • Vers une science du mouvement humain  Jean Le Boulch 1982
  • Technopathies du tennis  Jacques Parier 1992
  • Technopathies du golf Dominique Poux  1995